Useful Totem - la valeur retrouvée du verre, du bois et du liège
Useful Totem, la valeur retrouvée du verre, du bois et du liège
Useful Totem est une collection de sculptures fonctionnelles conçue par Alexie Sommer, cofondatrice et directrice de création d'URGE Collective à Londres, et Quentin Delion, ébéniste et designer à Bidart, au Pays Basque. La collection s'expose à Material Matters pendant le London Design Festival, du 15 au 17 septembre 2026.
Un geste domestique, une question de fond
Le projet naît dans la cuisine d'Alexie qui cherchait une façon de conserver ses restes sans film alimentaire. Derrière cette question pratique s'en cachait une autre, plus large. Sa recherche de design l'a convaincue que les créateurs doivent mieux connaître l'empreinte carbone de leurs matériaux, faire des choix plus imaginatifs, et penser la fin de vie d'un objet dès le début du processus de conception plutôt qu'après coup. Le verre vintage ne coûte presque rien en brocante, les chutes de bois s'accumulent dans les ateliers, le liège recyclé est une ressource largement disponible, jusque sous forme de panneaux d'isolation d'occasion. Trois matières considérées comme sans valeur, qui n'attendaient qu'un usage pour la retrouver.
Empiler pour donner du sens
Le principe est simple en théorie, plus exigeant dans la pratique : empiler du verre vintage, du bois tourné et du liège recyclé en totems qui tiennent debout par leur seul emboîtement, sans fixation. Une fois assemblés, ils forment une installation sculpturale ; démontés, ils redeviennent de la vaisselle, bols, coupelles, tasses, verres, chacun avec son propre couvercle de liège pour conserver un reste sans plastique.
Le point de départ n'a jamais été le dessin, mais l'objet upcyclé. Alexie a chiné l'ensemble de la verrerie ancienne du projet sur Le Bon Coin, sur Selency, et dans les brocantes du Pays Basque : des bols Duralex, des coupelles Arcoroc, des assiettes Vereco, choisis pour leur teinte, ambre profond, bleu cobalt, vert franc, fumé, et pour la trempe qui a fait leur solidité pendant des décennies d'usage domestique. C'est cette matière existante qui a dicté le reste. Quentin a travaillé les formes en bois et en liège appelées à répondre à chaque pièce de verre, cherchant l'accord de volume et de style en parallèle. Le processus a mêlé recherche formelle classique et outils numériques : des impressions 3D de gabarits en liège ont permis de tester rapidement des courbes et des emboîtements avant de les couper dans la matière définitive, une méthode qui accélère l'essai et le prototypage. Chaque forme a été ajustée jusqu'à ce que le bois retienne le verre sans jeu ni contrainte, un équilibre qui ne se calcule pas entièrement à l'écran.
Chêne cuit, frêne, merisier, platane
Le bois vient des chutes de l'atelier de Bidart, essences choisies au fil de ce qui restait disponible plutôt que commandées pour l'occasion. Le chêne du totem "Smoky Thomas", issu des chutes du chantier DUNES réalisé pour la ville de Biarritz, a été passé au four à 180 degrés pendant une heure trente avant d'être fini à l'huile, un traitement thermique qui fonce et stabilise la fibre pour répondre à la teinte fumée du verre. Le frêne compose le totem "Amber Aurelie", le merisier sauvage le totem "Jacqueline Green", le platane sert aux tasses et petites pièces du mini totem "Multi Martha". Le liège, recyclé, est produit par Agglolux à Soustons, dans les Landes, entreprise familiale fondée en 1929 qui transforme des bouchons de vin usagés, collectés par un réseau d'associations, en plaques et pastilles taillées sur-mesure pour chaque jonction.
« Le verre vintage a été la base de tout, explique Quentin. C'est à partir des pièces trouvées que j'ai cherché les formes et les bois, en parallèle avec des impressions 3D du liège pour faire matcher les volumes. C'était aussi l'occasion de lier le design d'objet au tournage sur bois, un métier d'art à part entière, avec différentes techniques et différentes essences selon ce qu'on avait sous la main à l'atelier. »
Quatre totems, une série unique
De cette méthode naissent quatre totems complets, présentés à Londres et détaillés avec leurs dimensions et leurs tarifs dans les éditions limitées : Beatrice Blue, en bols Duralex bleus sur socle de chêne clair, Amber Aurelie, en verre ambre sur bois de frêne, Jacqueline Green, sept assiettes vertes Vereco rythmant des bols de merisier, et Smoky Thomas, sept bols fumés ARC gris chaud sur chêne cuit. À cela s'ajoute un mini totem, Multi Martha, mêlant tasses à café, mugs et verres des quatre teintes, décliné en petite série.
Chaque grand totem est une pièce unique, mais la rareté ne tient pas à la verrerie elle-même, que l'on pourrait retrouver à l'identique en brocante : elle tient au tournage, façonné à la main pour chaque bol ou chaque assiette, ce qui rend chaque forme de bois et de liège singulière. Pour le mini totem Multi Martha, c'est l'inverse : tasses à café, mugs et verres varient, mais le bois et le liège restent identiques d'une pièce à l'autre, taillés à partir des mêmes fichiers numériques, ce qui rend cette partie de la collection reproductible en petite série grâce à la FAO.
Le récit d'une collaboration
Le projet a été mené sur une année complète, de mars 2025 aux premières recherches jusqu'au photoshoot fin juin 2026, sans commande ni financement extérieur, sur du temps volé aux projets rémunérés. La prise de vue a eu lieu à la Villa Fal à Biarritz, espace de coworking dédié aux métiers de la mode et du design, sous l'objectif d'Ignacio Barrios. La difficulté n'a pas été la collaboration elle-même, agréable et facile, mais la nécessité de construire les totems presque un par un, avec les pertes de cours de route que la matière impose parfois.
Ce que les deux designers retiennent surtout de l'expérience, c'est une clarification de leur rapport respectif au métier. Concevoir aux côtés d'un autre créateur, de l'idée jusqu'à la matière, en apportant une expertise technique, esthétique et logistique, s'est révélé plus stimulant que la répétition d'une même pièce en série. Une frontière utile pour situer le studio de Quentin : force de proposition et de conception aux côtés de designers et d'architectes, plutôt que simple exécutant d'un cahier des charges.
Redonner de la valeur à ce qui n'en avait plus
Le projet s'inscrit à contre-courant d'une industrie du design habituée à renouveler sans cesse ses collections. Produire un objet neuf à partir de matière vierge a un coût carbone que peu de designers rendent visible ; Useful Totem pose la question à front renversé, que peut-on fabriquer de désirable à partir de ce qui existe déjà, plutôt que de ce qu'il faudrait extraire.
Useful Totem démontre qu'une pièce de collection peut naître de trois matières considérées comme sans valeur, sans qu'aucune n'ait été produite pour l'occasion. Cette logique ouvre plusieurs pistes que les deux designers n'excluent pas : rendre les fichiers numériques des pièces en bois et en liège accessibles en open source, pour que chacun puisse les faire usiner près de chez soi plutôt que de faire voyager un objet fini. Une manière de démultiplier le geste de revalorisation sans démultiplier le transport, cohérente avec l'esprit circulaire et bas carbone du projet. Elle invite aussi à regarder au-delà de l'atelier, vers les chutes et les déchets que produisent d'autres entreprises, une matière dormante qui pourrait nourrir demain d'autres objets à forte valeur ajoutée plutôt que finir à la poubelle.
Useful Totem est signé Alexie Sommer, URGE Collective, et Quentin Delion, Studio Delion. Les photographies sont d'Ignacio Barrios, le stylisme culinaire de Frida Wallin, le liège recyclé fourni par Agglolux dans les Landes. Le dossier technique complet de la collection, dimensions et compositions détaillées, est disponible en téléchargement
Quentin Delion est designer et ébéniste à Bidart, au Pays Basque. Il accompagne designers, architectes et marques dans leurs projets de mobilier et d'objets sur-mesure, de la recherche de forme à la fabrication. Parlons-en.


























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