Buffet 1,618 — Frêne, teinte naturelle et verre cannelé
- Quentin Delion
- 29 juil.
- 3 min de lecture
2023 — Pièce unique — 1000 x 380 x 620 mm
Certaines pièces naissent sans client et sans urgence. Celle-ci d'une envie d'explorer librement des techniques, des teintes et des matériaux, et de voir si tout pouvait tenir ensemble.
Le nombre d'or comme point de départ
1,618 est le nombre d'or, ce ratio mathématique que l'on retrouve dans la nature, l'architecture et le design depuis des siècles. C'est lui qui a cadré les trois dimensions de ce buffet : 1000 mm de longueur, 620 mm de hauteur, 380 mm de profondeur. Les valeurs ont été légèrement ajustées par rapport au ratio théorique pour tenir compte des contraintes d'atelier, mais l'esprit est là. Une contrainte posée au départ pour que les proportions ne soient pas une question.
Le frêne et la teinte
La caisse est en panneau de particules plaqué frêne véritable, les pieds en frêne massif. Le frêne est une essence à base claire, presque blanche, qui amplifie naturellement l'intensité d'une couleur. C'est pour cette raison qu'il a été choisi pour explorer les pigments naturels de Linolie, maison danoise spécialisée dans les finitions à l'huile de lin. L'objectif était un produit naturel, fortement pigmenté, capable de saturer le bleu sans l'altérer. L'huile pénètre le bois sans le couvrir, le grain reste lisible, les veines traversent la couleur.
La teinte a été appliquée pièce par pièce, avant l'assemblage final. Ce choix est technique autant qu'esthétique : le panneau de particules et le massif ne réagissent pas de la même façon aux variations d'hygrométrie et de température. En teignant avant assemblage, on anticipe les éventuels retraits différentiels entre les deux matières et on évite l'apparition de lignes de bois brut aux joints.
Les pieds tournés
Les pieds ont été tournés au tour à bois, à l'atelier de Bidart. La forme arrondie en base est une décision purement esthétique, elle adoucit la rigueur carrée de la caisse sans la contredire.
La technique de fabrication mérite d'être expliquée. Trois morceaux de frêne massif sont collés ensemble, avec une feuille de papier intercalée entre deux d'entre eux. L'ensemble est tourné d'un seul bloc pour garantir la continuité de la forme. Une fois le tournage terminé, la pièce est détachée au niveau du papier, plan de rupture contrôlé, ce qui crée un mi-bois précis sur lequel la caisse vient reposer. Pas de quincaillerie, pas de visserie apparente.
Les portes coulissantes
Les portes en verre cannelé ont été réalisées par Gamoy, miroitier basé à Anglet. Elles coulissent dans des rainures taillées directement dans le frêne massif, dans l'esprit des portes de ryokan japonais. Le principe est simple : une réfuite dans la rainure supérieure permet d'insérer la porte vers le haut, puis de la laisser retomber dans la rainure du bas. Pas de rail, pas de roulement, pas de quincaillerie. Depuis la fabrication de cette pièce, les portes coulissent parfaitement.
Ce que ce meuble m'a appris
Ce buffet n'a pas présenté de difficulté particulière. Dessiné autour de techniques que je maîtrise, il m'a surtout offert la liberté d'explorer une finition nouvelle et de vérifier que l'ensemble soit cohérent.
La prochaine étape serait de reprendre ces mêmes proportions à une échelle plus grande, pour un buffet de salon. Le ratio resterait le même. Les matériaux aussi, la teinte changerait probablement en fonction du client et de son intérieur.
Conçu et fabriqué à Bidart, au Pays Basque, par Quentin Delion, ébéniste et designer. Pour en savoir plus sur les essences et matériaux utilisés à l'atelier, je vous invite à lire Comment choisir l'essence de bois pour son mobilier sur-mesure. Et pour comprendre comment se déroule un projet sur-mesure, cet article vous guidera.
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